C’est tout d’abord le titre de ce roman et sa très belle couverture qui ont attiré mon attention à sa sortie en août 2025. Je suis tombée dessus pendant mes vacances à la librairie Guivelle à Lons-le-Saunier. Trois fois la colère fut ma porte d’entrée à l’œuvre de Laurine Roux, poétesse et romancière que je ne connaissais pas jusqu’alors. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il m’a donné du fil à retordre; ce qui est excellent pour mes méninges.
Le roman démarre avec un acte de vengeance: nous sommes au temps des Croisades; et la jeune Miou, travestie en écuyer, tue son grand-père Hugon justement surnommé “Le Terrible” sur un chant de bataille et rapporte la tête de cet aïeul honni sur ses terres. Ensuite, comme le titre le laisse entendre, c’est une affaire de tryptiques. Laurine Roux retrace une histoire de vengeance familiale sur trois générations à travers trois grandes parties intitulées “Racine”, “Branche” et “Sève”. Par ailleurs, Hugon s’avère être, sans le savoir, le géniteur de triplés nés au cœur de la forêt. Leur conception et le sort qui est réservé à chacun après la naissance mèneront cet odieux personnage que rien ne semble arrêter à sa perte.
Ce livre coche beaucoup de cases pour me plaire: dimension historique (je n’avais jamais entendu parler des Vaudois; j’ai donc appris quelque chose, ce qui me procure toujours beaucoup de joie), souffle de l’action menée tambour battant, ou encore ode à la Nature. Le traitement réservé aux rapports amoureux et charnels, imagé mais sans mièvrerie, m’a également convaincue. Trois fois la colère parle aussi de notre temps: notre monde va mal et il semblerait que vivre en ermite, l’isolement au sein d’une Nature refuge soient perçus comme une solution dans de nombreux romans contemporains. Je l’ai lu dans ce roman, donc, mais aussi dans Haute Folie d’Antoine Wauters ou Les Terres indomptées de Lauren Groff. Il ne peut pas y avoir de hasard et j'y vois là un signe, s’il en fallait, que nous vivons des temps troublés.
Bien que lire Trois fois la colère fût un chouette moment de lecture, je terminerai cette chronique par un bémol: la langue du récit, qui repose sur un phrasé contemporain mâtiné de termes peu usité ici ou là, m’a vraiment désarçonnée. Je me suis demandé à plusieurs reprises ce que j’étais en train de lire et j’ai ressorti mon dictionnaire ainsi que la Chanson de Roland de mes étagères pour essayer de comprendre ce que l’autrice avait voulu faire. Fausse piste ! D’après les interviews que j’ai pu lire ou écouter, Laurine Roux ne nourrit pas de passion particulière pour le lexique médiéval. Or, l’action se déroulant au temps des Croisades, il “fallait que ça sonne médiéval”, sans tomber dans l’écueil de la caricature et ainsi “faire du Jacquouille la Fripouille”. Une fois le parti pris expliqué et compris, je n’en reste pas moins désarçonnée.