Aux vents déraisonnables, de Christiana Moreau

C’est en regardant une interview d’autrices belges diffusée par La Une et réalisée lors de la dernière édition de la Foire du livre de Bruxelles que j’ai découvert Christiana Moreau, qui y présentait alors Aux vents déraisonnables. Son roman historique qui se déroule principalement dans les Cantons de l’Est, a attiré mon attention, car je ne connais pas du tout cette partie de la Belgique, et m’a longtemps fait de l’œil. J’ai fini par l’acheter en format numérique pendant les vacances de Noël et l’ai dévoré en quelques jours.

Confinement oblige, l’autrice s’est semble-t-il beaucoup promenée dans les Hautes Fagnes, région réputée pour sa nature sauvage et ses paysages mélancoliques (et qu’elle m’a fait parcourir, donc) qui lui a inspiré ce double triangle amoureux qui s’étale des années 30 aux années 60-70.

Le lecteur fait tout d’abord connaissance de deux amis d’enfance: Maria Vogelhof, fille de propriétaires terriens germanophones vivant dans l’aisance, et François Waroneux, fils d’un employé francophone des Vogelhof. Quand s’ouvre le livre, les deux personnages vivent leur dernier été d’adolescents. Eté 1939. Maria est très éprise mais les préoccupations de son François sont plus liées à son propre statut et à son désir de revanche sociale. Arrive ensuite Lucie, cousine liégeoise de Maria, qui sera hébergée par les Vogelhof cet été-là et qui “flashe” sur François. Ai-je besoin de vous faire un dessin? Non, bien sûr. Et évidemment, vous vous doutez bien que le destin de ces personnages sera bouleversé par quelques évènements historiques de dimension mondiale.

Oui, ça fait mélo (et je me dois d’être honnête: c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai tourné frénétiquement les pages de ce livre). Mais ce roman mérite qu’on aille au-delà du feuilleton. Parce qu’on s’y balade dans les Hautes Fagnes battues par les vents à des saisons différentes, parce qu’on s’immerge dans un corps de ferme typique de cette Région cerné d’åvrûles (ou abrivent, en Wallon), ou parce qu’on y apprend - entre autres choses - qu’un Lebensborn se trouvait sur le sol belge, à Soumagne précisément (une autre une autrice belge, Caroline De Mulder, s’est intéressée à ces pouponnières nazies dans La Pouponnière d’Himmler, livre que je n’ai pas encore lu).

En pleine crise politique et communautaire qui a privé la Belgique de gouvernement fédéral pendant dix-huit mois, où il n’était question que du survol de Bruxelles ou de Bruxelles-Halle-Vilvoorde, je me souviens avoir demandé à un Néerlandophone: “et les Germanophones, dans tout ça?”. “Les Germanophones?; m’a-t-il répondu, tout le monde s’en fout”, traduisant ainsi, sans nécessairement y souscrire, le sentiment général à l’égard de cette Communauté de l’Est du pays. Mon “enquête” s’était arrêtée là, sur un triste constat. Et je n’ai pas fait l’effort de me rendre à Eupen depuis...Aussi, j’étais heureuse de mieux connaître cette Région, son histoire mouvementée et douloureuse, à travers ce livre qui, il m’a semblé, souhaite réparer un oubli, une négligence.

Alors, oui, il y a du mélo. Mais j’adore qu’on me raconte des histoires. J’ai un petit faible pour la “Nature writing”. J’adore apprendre, découvrir de nouveaux endroits. Et ce livre coche toutes ces cases. Si cela vous parle, ne boudez pas votre plaisir et lisez-le: vous passerez un bon moment de lecture.

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