Jan (sur un air de jazz), d’Emmanuelle Pol

C’est une récente chronique de Nilanjana Roydans dans le Financial Times (voir ici) sur les “Book Bootcamps”, que l’on pourrait traduire par défis de lecture, qui m’a inspiré mes choix de lecture actuels. La dernière fois que je me suis lancée dans une entreprise similaire, c’était pour m’attaquer à A la recherche du temps perdu…et je me suis arrêtée au beau milieu de Sodome et Gomorrhe, asphyxiée par les interminables considérations mondaines du narrateur.

Avec la campagne Lisez-vous le belge? qui se déroule pendant tout le mois de novembre (et qui n’empêche personne de lire du belge en juillet…), je prends un peu moins de risque et pourrai passer à toute autre chose le 1er décembre prochain. J’ai d’abord voulu jeter mon dévolu sur les finalistes du Prix Rossel de cette année et ai trouvé Jan (sur un air de jazz) chez UOPC.

En bonne Balance, je suis très partagée sur ce livre qui relate une histoire d’amour passionnée entre un pianiste de jazz lentement sur le déclin et la narratrice, séxagénaire passionnée de jazz.

Comme la narratrice, je vis à Bruxelles depuis de nombreuses années et n’ai pas grandi en Belgique. Il m’arrive d’être critique à l’égard de mon pays ou de ma ville d’accueil et, comme je gravite dans la sphère européenne, je connais bien ce que l’on reproche au plat pays et sa capitale pour avoir trop entendu complaintes et poncifs éculés. La répétition de ces clichés tout au long du récit m’a toutefois lassée et dérangée.

En revanche, j’étais scotchée par les passages consacrés au jazz, omniprésents dans ce roman. Chaque chapitre est par exemple introduit par un paragraphe décrivant un morceau de jazz différent, joué en live. Non seulement ces passages apportent de l’oxygène et des couleurs au récit (ainsi que des indices sur ce qui va suivre) mais, n’étant pas moi-même très sensible aux sonorités du jazz, j’étais reconnaissante envers Emmanuelle Pol de m’avoir donné à entendre et ressentir la richesse et la profondeur de cette musique. De toute évidence, l’autrice aime cette musique et lui fait un beau cadeau avec ces pages.

« C’est une larme outremer, une main cobalt qui serre le coeur. C’est la goutte d’amertume dans le cocktail. C’est le point de bascule, le déséquilibre minuscule, le pas de côté qui transforme la marche en danse, le saut en plongeon. C’est l’instant précis où le soleil sombre dans la mer. C’est le défaut qui sublime le visage, la fêlure qui adoucit la voix. C’est le souvenir de la joie dans le malheur et le rappel de la douleur - ah, n’oublie jamais! - dans le bonheur. Le demi-ton en moins qui change la couleur de l’émotion. C’est la note bleue. »
— Emmanuelle Pol

Enfin, il m’a semblé que cette histoire d’amour entre deux personnages qui ont roulé leur bosse et trimbalent leurs bagages tant bien que mal était un parti pris audacieux et intéressant dans notre société du jeunisme.

Aussi, je conseillerais ce livre aux mélomanes (de préférence non bruxellois) ou aux personnes ballottées par la vie ayant un peu perdu le feu.

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